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20
août

Afghanistan : l’heure de jeter l’éponge…

98ede51ddf17459b69e51109324c88b6.jpegÇa faisait longtemps, très longtemps, qu’on n’ avait pas vu revenir sur notre terre nationale un cercueil couvert du drapeau bleu-blanc-rouge. Et dix d’un coup, c’est trop pour ne pas choquer l’opinion, comme l’avait fait en son temps l’attentat du Drakkar au Liban… L’embuscade afghane est aussi triste que sordide, et rappelle brutalement que la politique étrangère française n’est malheureusement pas qu’un grand jeu pour les fayots du premier rang.

 

On n’en parlait pas, ou quasiment plus de cette guerre en Afghanistan. Elle a pourtant débuté fin 2001, un an et demi avant celle d’Irak. Sept ans déjà, que les opérations de terrain tournent aux cauchemar pour tous les pays qui y ont engagé des soldats, par centaines, parfois par milliers : 50 000 hommes au total, douze pays engagés sous la bannière de l’Otan, dont les contingents les plus importants sont américain (15000 hommes) et britannique (7800 hommes); 1515 soldats français. Sur le papier, tout va bien. Sur place, le terrain est froid, vaste, inhospitalier. Jusqu’à lundi, la France avait perdu douze hommes, dont personne n’a parlé. Les circonstances particulièrement tragique de l’embuscade rappellent froidement quelques tristes réalités.

 

Au delà du deuil, la plus grave de ces réalités, c’est l’usure dans laquelle s’est enlisée cette guerre aux aspects conventionnels, qui lutte, au nom de la « liberté du monde » (!), contre un « terrorisme » diffus, invisible, silencieux, aux méthodes plus vicieuses et sournoises. Sept ans après, personne n’en voit la fin, et surtout personne n’est capable de se doter d’une véritable stratégie, ni de relayer une quelconque motivation au combat : pourquoi se bat-on ? Contre qui ? Jusqu’à quand ? Autant de questions qui fâchent, même au sein de la Coalition. Et dont les réponses rassureraient le soldat français, qui du coup, passe ses vingt ans à jouer à la Playstation au fond d’un baraquement perdu dans le désert. Jusqu’au jour où il faut arrêter de jouer…

 

Pour autant, même si l’histoire a montré qu’une armée d’occupation est toujours vaincue, même si les Russes ont déjà donné l’exemple, les États-Unis continuent de demander à ce que l’on envoie plus de troupes et de matériel dans cette guerre sans sens. Et, sans que personne ne comprenne vraiment pourquoi, ça marche. « Si c’était à refaire, je le referais » a déclaré Nicolas Sarkozy. Certes. Mais quand les petits soldats sont morts, on ne peut plus leur demander d’y retourner. Pour eux, le jeu est fini… L’entraîneur semble toutefois prêt à faire rentrer les remplaçants, au moment où tout devrait le conduire à jeter l’éponge.

 

Pierre-Antonie Beyer

5
août

Les zozos du cercle de silence contre les expulsions d’étrangers prennent des vacances…

871f6a840bde7ad8d9d932c59160b8cb.jpgDepuis plusieurs semaines (le ridicule ne tue pas) certains strasbourgeois se rassemblent en silence Place Kléber, pour manifester contres « les mesures scandaleuses » d’expulsions des clandestins appelés dans la novlangue médiatique « sans-papiers ». Ces « mini-happenings » d’honnêtes citoyens luttant contre ces sarkozystes mesures-qui-rappellent-les-heures-les-plus-sombres-de-notre-histoire sont relayés par de complaisants journalistes des Dernières Nouvelles d’Alsace, qui adorent ce genre de manifestations.
 
Ceux-là, comme ces valeureux citoyens sont meurtris dans leur chair par ces signes avant-coureurs d’un fascisme (rampant, forcément rampant) à peine déguisé sous le masque UMP. Ainsi, l’alerte plume de Mlle Barbara Romero * se désolait dans l’édition du 4 août des DNA de la faible participation au dernier cercle (environ 80 personnes, chiffre à relativiser off course !), elle qui ne rate jamais une occasion de parler de minorités bafouées (transgenre, organisateur de Gay Pride, limonadier souffrant de la mauvaise météo, boutiquier de mode provincial etc…).

Ainsi, le citoyen-Résistant part en vacances ! Il en oublie le sort du malheureux sans-papier, qui lui pourtant profitera grâce aux services de M. Hortefeux d’un billet gratuit (aller sans retour) vers son pays d’origine (souvent situé dans un contrée ensoleillée, le veinard), alors que le citoyen-Résistant est contraint de payer une somme folle son billet d’avion ou de train pour des vacances justement méritées après tant de militantisme éreintant. Quel égoïsme, sommes-nous tenté d’écrire mais évidemment, nous avons mauvais esprit…

Par charité, nous signalons le prochain rendez-vous, le 30 août à 18h, qui sera suivi d’un pique-nique. Espérons que ces victuailles permettront d’attirer de nouveaux Justes sensibles au sort terrible des expulsés…

Palamède

Illustration : un cercle de silence ce printemps, avec leur lanterne pour voir plus clair dans les brumes qui nous entourent depuis l’élection de M. Sarkozy… * Correction faite du nom de famille de cette journaliste que nous avions écorché dans la première version du texte.

1
août

Strasbourg : Art, culture, jeunesse, tout change, même la gauche

acb1009dbcbd6f3a76be8dc81bc983ff.jpgNous avions exprimé nos doutes sérieux (et nous les assumons) concernant les Alsaciennes en temps et heures, ce même si une partie de notre équipe les regardaient d’un œil amusé. Aujourd’hui, la polémique enfle et c’est cet aspect qui nous amuse encore plus.

Ainsi, on notera cette dernière phrase d’un article de Denis Tricard paru dans les DNA d’Aujourd’hui : « M. Gsell préfère les « spectacles de qualité », régulièrement donnés par des groupes folkloriques, à ces « véritables mastodontes à la limite de l’injure pour notre gent féminine », dont la présence et la décoration n’ont jamais été « expliquées », mais qui « faisaient un peu pitié » parce que « taguées » et « graffitées »…

Prenez le nom évoqué et remplacez-le par un responsable d’un parti de droite ou pire, encore plus à droite. Vous aurez à coup sûr un communiqué de diverses officines dénonçant la vision réactionnaire dudit élu et rappelant qu’on ne juge pas l’art.

Imaginez donc, un élu de droite préférant les groupes folkloriques, dénonçant l’esthétisme de l’art moderne qu’il ne « comprend » pas et mettant au pilori, tags et graffitis. Voilà de quoi rappeller les « heures les plus sombres ».

« Véritables mastodontes à la limite de l’injure pour notre gent féminine » … Hum, faudrait pas abuser non plus. Le chiffre d’or n’est pas atteint mais à ce ryhtme, Miss Liberty est mal foutue.

 Mais ce n’est pas tout, notre quotidien préféré nous apprend que dans un autre quartier, un élu demande la fermeture d’un autre établissement en raison d’un trafic de drogue. Damned, cela fait beaucoup de fermetures en peu de temps dans les nuits strasbourgeoises.

Là encore, imaginons un élu de droite demandant la fermeture d’un établissement et imaginons ensemble le concert des vierges effarouchées ou d’autres structures expliquant qu’un petit joint ne fait pas de mal

Tout cela pour vous dire que l’échiquier politique strasbourgeois bouge en effet, que la gauche prend ses aises et que la droite observe comment on fait clairement de la politique.

Quant aux Alsaciennes, on apprend enfin qu’elles feront l’objet d’une donation et resteront en Schweighouse et Ohlungen, alors que ce festival disparaîtra pour peut-être prendre place à Strasbourg.

« Liliane Bétancourt » de fibres et plâtre, elles seront, elles aussi retenus loin des leurs parce qu’elle dérangent le pouvoir en place.

 

29
juil

Bayreuth : un Parsifal en uniforme

53de8fd600fe09d9ca418077db419fa0.jpgLe quatre-vingt-dix-septième festival de Bayreuth a débuté le 23 juillet avec une nouvelle mise en scène de Parsifal considéré comme le testament lyrique de Richard Wagner.

Le metteur en scène norvégien Stephan Herheim a opté, nous disent les gazettes, pour un parti pris résolument « moderne » et « provocateur » et l’opéra se présente comme une métaphore de l’histoire allemande où, au troisième acte, celui de la rédemption, la démocratie l’emporte sur une barbarie nazie dont les bannières à croix gammée mordent définitivement la poussière.

Les people à 500 euros la place applaudissent. Les mélomanes peut-être un tantinet « réactionnaires » semblent plus circonspects. Rien de surprenant dans l’attitude des people qui se font gloire de leur ignorance et affichent crûment leur vulgarité. Rien de bien nouveau non plus dans l’adaptation scénique. Nombre de metteurs en scène lyriques  ont pris le relais des gens de théâtre pour gaver leur public de cours du soir à prétention citoyenne. Nains
obscènes et railleurs, ils se juchent sur les épaules des géants morts et clignent de l’oeil en direction de l’applaudimètre pour signifier leur résistante rebellitude (en toc) et vendre leur non-conformisme (en gilet rayé).

Ce nouveau pompiérisme dure depuis des lustres. Depuis des lustres, en effet, le grand répertoire est parasité par ces excroissances anachroniques à prétention transgressive, mais d’une désespérante soumission aux clichés de l’époque. Cela est vrai dans l’Allemagne rééduquée comme dans la France plurielle et tolérante où des légions de charlatans subventionnés ont investi les scènes pour y vandaliser avec arrogance les chefs-d’oeuvre du passé à coup de pitreries démagogiques et publicitaires comme si la simple confrontation avec la beauté leur était devenue insupportable.

Ils subvertissent, croient-ils, quand ils ne font que surcharger le bel ouvrage d’un métadiscours performateur lesté d’intentions édifiantes. Cet art pieux et lourdingue voudrait s’afficher comme déviant mais n’est, hélas, qu’un art de cour domestiqué servi par des obligés dociles et sans génie.

Il fut un temps, pas si lointain, où ce qu’il y avait de meilleur dans l’art était une insurrection exigeante contre l’esprit de l’époque. Il semble, désormais, que dans la démocratie de marché l’art ne soit plus condamné qu’à servir la doxa antifasciste ou à périr absorbé dans la marchandise.

En fabriquant un Parsifal « démocratique » et burlesque au dépens de la sublime logique musicale de l’oeuvre, les organisateurs du festival, au premier rang desquels Wolfgang, le petit fils du maître, intoxiqué de repentance morbide, adoptent en matière de politisation propagandiste de l’art  une attitude symétrique de celle des nazis et avouent, ce
faisant, de dangereux penchants totalitaires. Pour eux, comme pour Goebbels ou Jdanov, la première (et peut-être la seule) fonction de l’art c’est d’être utile à la cause en respectant la ligne.

Or, faut-il le préciser, ce n’est pas en arraisonnant la beauté au règne de la marchandise ou aux exigences catéchétiques et bouffonnes de la démocratie de marché que l’on pourra répondre au défi d’une barbarie partout menaçante. Cette démocratie oligarchique et cette marchandise
envahissante étant justement les deux principales figures de cette barbarie moderne, c’est contre elles qu’il faudrait que s’érigent des artistes hérétiques et insolents. Il ne s’en trouve guère.

En revanche, ceux qui partout sévissent ne manifestent leur héroïsme bonnimenteur que dans une guerre sans fin contre des monstres morts. À lui seul cet art de l’esquive en dit suffisamment  long sur leur affligeante vocation pour la collaboration avec le pire.

Coclés

21
juil

La Burqa et la République

811ab961efeb2c106bb2f2d799248601.jpg« La burqa est-elle incompatible avec la nationalité française ? » Posée ainsi, comme le fait Le Monde dans son édition du jour, la question est inutilement polémique et la réponse imposée par la radicalité de l’interrogation. Les enfants sont bien dressés. Mais ainsi: « une certaine pratique de la religion est-elle incompatible avec les principes de la République ? » La réponse est évidente. Pas besoin d’être bon républicain, tricard dans un journal radical, militant laïcard ou lecteur d’Henri Pena-Ruiz pour y répondre.

 

Une Marocaine de 32 ans, mariée à un Français et mère de trois enfants nés en France, s’est récemment heurtée à cette barrière conceptuelle et s’est vue refuser la nationalité française au motif qu’elle « a adopté, au nom d’une pratique radicale de sa religion, un comportement en société incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment le principe d’égalité des sexes ». Le Conseil d’Etat, dans un arrêt du 27 juin 2008 (ci-dessous), a rendu la justice « au nom du peuple français » et rappelé que, même dans la vie privée, même dans l’intimité, la volonté du peuple prévalait sur celle d’Allah, de Mahomet, mais sans doute aussi de Jésus le Christ, de JHWH ou du grand Spaghetti volant des adeptes du pastafarisme.

 

Ce n’est pas la première fois que le degré de pratique religieuse est pris en compte pour se prononcer sur la capacité d’assimilation d’une personne étrangère, mais c’est la première fois qu’une pratique purement privée, sans menace de trouble à l’ordre public au sens matériel (sécurité, tranquillité, salubrité), est prise en compte de manière aussi caractérisée. Jusqu’à présent seules des personnes jugées proches de mouvements fondamentalistes ou ayant publiquement tenu des propos relevant de l’islam radical se sont vu refuser la nationalité française. Mais dans le cas de Faiza M., ce sont sa tenue vestimentaire et sa vie privée qui sont seules prises en considération pour lui refuser la nationalité française. Alors même que depuis son arrivée en France elle n’avait jamais « jamais cherché à remettre volontairement en cause les valeurs fondamentales de la République « , qu’elle n’a pris aucune position publique, qu’elle n’a pas non plus adopté un comportement ouvertement hostile à la mixité et le désir de parité de la société française (elle n’a pas refusé de se laisser tripoter par un gynécologue homme lors de ses trois grossesses), sur le seul fondement de son adhésion revendiquée aux principes de l’islam radical, Faiza. M. se voit refuser l’acquisition de la nationalité française alors que, par ailleurs, elle remplit toutes les autres conditions (y compris de maîtrise de la langue française, dont l’appréciation est habituellement des plus fantaisistes). Ainsi la liberté de conscience, l’ancêtre de toutes les libertés publiques, la racine (protestante) du libéralisme, l’enceinte sacrée de toutes les erreurs, de toutes les hérésies, de tous les mensonges, trouve sa limite dans l’exigence d’une assimilation minimale dont il faut pouvoir donner les preuves. Léviathan se réveille et rappelle que la souveraineté précède l liberté.

 

Quels sont les éléments constitutifs de ce défaut d’assimilation? D’après le commissaire du gouvernement, Emmanuelle Prada-Bordenave, la tenue de Faiza M est un premier élément. A trois reprises, Faiza M. se serait présentée « recouverte du vêtement des femmes de la péninsule arabique, longue robe tombant jusqu’aux pieds, voile masquant les cheveux, le front et le menton et une pièce de tissu masquant le visage et ne laissant voir les yeux que par une fente ». Par ailleurs, le couple reconnaît « spontanément » son appartenance au salafisme. Mais c’est peut être l’évolution même de Faiza M. qui a retenu l’attention du commissaire du gouvernement, une évolution personnelle qui ne va pas dans le sens d’une adhésion aux principes de la République. Faiza M. a en effet reconnu qu’elle n’était pas voilée quand elle vivait au Maroc et a indiqué « qu’elle n’a adopté ce costume qu’après son arrivée en France à la demande de son mari et qu’elle le porte plus par habitude que par conviction ». Enfin « D’après ses propres déclarations, a souligné la commissaire du gouvernement, elle mène une vie presque recluse et retranchée de la société française. Elle n’a aucune idée sur la laïcité ou le droit de vote. Elle vit dans la soumission totale aux hommes de sa famille . » Faiza M. semble « trouver cela normal et l’idée même de contester cette soumission ne l’effleure même pas », a ajouté Mme Prada-Bordenave, estimant que ces déclarations sont « révélatrices de l’absence d’adhésion à certaines valeurs fondamentales de la société française ».

 

Les esprits forts riront de ces fadaises, comme les demi-habiles que Pascal met en scène. Ils se gausseront en rappelant que nos grands-mères n’avaient sans doute pas plus que Faiza M. une conscience aigüe de la laïcité, des droits de l’homme, du droit de vote ou de l’égalité des sexes et que le combat pour l’acquisition de ces droits n’a pas germé dans l’esprit aliéné de la plèbe. La question n’est pourtant pas là. Peut importe ici ce que l’on exige, du moment que l’on exige quelque chose plutôt que rien.

 

Cette décision montre bien que la liberté de conscience, comme l’ensemble des libertés, que l’on présente généralement comme des droits fondamentaux, inaliénables, naturels, intangibles, irrévocables, etc, ne sont que des permissions de l’Etat, c’est-à-dire de la personnification institutionnelle du peuple souverain. D’un Etat plus ou moins tolérant, certes, plus ou moins libéral, mais qui n’accorde de libertés qu’autant qu’elles sont compatibles avec l’ordre public, lequel ne s’entend pas seulement comme un ordre matériel mais comme un ordre spirituel. La brave Faiza M. ne fait de tort à personne en vivant chez elle recluse et soumise, mais elle porte atteinte aux consciences et à l’ordre public spirituel c’est-à-dire à un monde d’idées que l’on impute au peuple et cette seule interférence avec le monde des idées suffit à justifier son exclusion de la communauté nationale.

 

On ajoutera que dans la présente affaire, la nationalité française a été refusée à Faiza M. mais que rien, absolument rien ne s’opposerait demain à ce que la nationalité française soit retirée à une personne portant un tel trouble à l’ordre public spirituel et aux consciences. Toute communauté, pour se définir comme communauté, génère ses propres limites et trace une frontière spirituelle qui réfute tous les cosmopolitismes. Le Conseil d’Etat vient de retrouver ainsi, dans les méandres d’une jurisprudence compliquée mais en pleine évolution, le vieux principe de la constitution des solidarités: Mme Faiza n’est pas des nôtres. Il n’en a pas tiré les conclusions qu’il aurait pu en tirer parce que la velléité succède à la décision: « sa vie n’est pas ici ». Mais, dans la stupeur de notre déclin, il a rappelé le vieux principe de l’amitié et de l’inimitié.

 

Morès

 

—————————–

CE 27 juin 2008, Faiza A.

 

Conseil d’État

 

N° 286798

Mentionné dans les tables du recueil Lebon

2ème et 7ème sous-sections réunies

M. Daël, président

Mme Sophie-Caroline de Margerie, rapporteur

Mme Prada Bordenave Emmanuelle, commissaire du gouvernement

 

lecture du vendredi 27 juin 2008

 

 

REPUBLIQUE FRANCAISE

 

AU NOM DU PEUPLE FRANCAIS

 

Vu la requête, enregistrée le 10 novembre 2005 au secrétariat du contentieux du Conseil d’Etat, présentée par Mme Faiza A, demeurant … ; Mme A demande au Conseil d’Etat d’annuler le décret du 16 mai 2005 lui refusant l’acquisition de la nationalité française pour défaut d’assimilation ;

 

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

Vu le code civil, notamment ses articles 21-2 et 21-4 ;

Vu le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

Vu le code de justice administrative ;

 

Après avoir entendu en séance publique :

- le rapport de Mme Sophie-Caroline de Margerie, Conseiller d’Etat,

- les conclusions de Mme Emmanuelle Prada Bordenave, Commissaire du gouvernement ;

 

Sans qu’il soit besoin de statuer sur la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l’emploi, de la cohésion sociale et du logement :

Considérant qu’aux termes de l’article 21-2 du code civil, dans sa rédaction en vigueur à la date de la décision attaquée : « L’étranger… qui contracte mariage avec un conjoint de nationalité française peut, après un délai de deux ans à compter du mariage, acquérir la nationalité française par déclaration à condition qu’à la date de cette déclaration, la communauté de vie n’ait pas cessé entre les époux et que le conjoint français ait conservé sa nationalité » ; qu’aux termes de l’article 21-4 du même code : « Le Gouvernement peut s’opposer, par décret en Conseil d’Etat, pour… défaut d’assimilation, autre que linguistique, à l’acquisition de la nationalité française par le conjoint étranger dans un délai d’un an à compter de la date du récépissé prévu au deuxième alinéa de l’article 26.. » ; qu’enfin, aux termes de l’article 32 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité : « Lorsque le Gouvernement veut s’opposer par décret en Conseil d’Etat, pour indignité ou défaut d’assimilation autre que linguistique, à l’acquisition de la nationalité française par le conjoint étranger d’un conjoint de nationalité française, le ministre chargé des naturalisations notifie les motifs de fait et de droit qui justifient l’intention de faire opposition… » ;

Considérant qu’il ressort des pièces du dossier que Mme A a reçu communication le 10 mars 2005 des motifs de fait et de droit justifiant l’intention du ministre de l’emploi, du travail et de la cohésion sociale de faire opposition à son acquisition de la nationalité française conformément aux dispositions précitées de l’article 32 du décret du 30 mars 1992 ; qu’elle n’est donc pas fondée à soutenir que le principe du contradictoire aurait été méconnu ;

Considérant qu’il ressort des pièces du dossier que, si Mme A possède une bonne maîtrise de la langue française, elle a cependant adopté une pratique radicale de sa religion, incompatible avec les valeurs essentielles de la communauté française, et notamment avec le principe d’égalité des sexes ; qu’ainsi, elle ne remplit pas la condition d’assimilation posée par l’article 21-4 précité du code civil ; que, par conséquent, le gouvernement a pu légalement fonder sur ce motif une opposition à l’acquisition par mariage de la nationalité française de Mme A ;

Considérant que le décret attaqué du 16 mai 2005 n’a ni pour objet ni pour effet de porter atteinte à la liberté religieuse de l’intéressée ; que, par suite, il ne méconnaît ni le principe constitutionnel de liberté d’expression religieuse, ni les stipulations de l’article 9 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;

Considérant qu’il résulte de ce qui précède que Mme A n’est pas fondée à demander l’annulation du décret du 16 mai 2005 lui refusant l’acquisition de la nationalité française ;

 

D E C I D E :

————–

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à Mme Faiza A et au ministre de l’immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement solidaire.

17
juil

Les faux-monnayeurs de l’antiracisme

2500be79868019927e127e195c333285.jpg On se souvient qu’en avril dernier, lors de la trente-quatrième journée de Ligue 1 de Football, Jean-Marc Furlan, l’entraîneur de Strasbourg n’avait pas ménagé sa peine à l’encontre d’un joueur italien de l’Olympique lyonnais. Legratifiant de sobriquets peu amènes tels que « macaroni » ou « rital de merde », il l’accusait de simuler et déclarait à l’issue du match « on ne peut pas dire que l’italien a renié ses gènes ou sa race ».

 

Dans un premier temps le conseil national de l’éthique avait condamné le dirigeant strasbourgeois à trois mois de suspension ferme mais, finalement bonhomme il est revenu sur cette sanction pour l’assortir d’un simple sursis considérant « qu’il ne pouvait pas être retenu un caractère xénophobe aux propos de Monsieur Furlan ». Peut-être faut-il se réjouir de la mansuétude des autorités du football mais on ne peut s’interdire d’imaginer quelles seraient les réactions si les propos de l’entraîneur strasbourgeois avaient visé un joueur d’origine plus méridionale encore. Des jugements moins évidemment insultants mais prenant pour cible la composition de l’équipe de France ont valu à un philosophe, à un président de région (socialiste) et à un chef de parti (réputé d’extrême droite) des condamnations autrement plus sévères, mais il est vrai que ceux-ci visaient des joueurs de couleur et non un banal « bouffon rital ».

 

Une pareille hiérarchisation dans le traitement du racisme est-elle exceptionnelle? Il ne le semble pas, du moins si l’on en croit les Dernières Nouvelles d’Alsace. Dans ses pages strasbourgeoises le quotidien publiait le dimanche 13 juillet un article sur l’activité des policiers dans les divers quartiers de la CUS. La journalistes y signale qu’à Hautepierre les gardiens de la paix se font traiter de « sales blancs » par des jeunes qui « zonent » entre les blocs. Face à des injures qui relèvent de la pure xénophobie les représentants de la République conservent un sang froid qui s’apparente à une débonnaire placidité. Sans doute, comme dans le monde du Football, les ligues de vertu spécialisées dans la traque du racisme, ne voient-elles pas dans ce cas précis des raisons suffisantes de rechercher et de poursuivre les auteurs de ces propos. Les policiers eux-mêmes, sans doute habitués à ces invectives répétées, n’y voient-ils pas motif de se plaindre. La sagesse verra aussi dans cette passivité un moindre mal tant certains quartiers semblent prompts à saisir le moindre prétexte répressif pour s’enflammer au nom d’un victimisme et d’un manque de « respect » que sociologues d’État et journalistes complaisants auront tôt fait de comprendre et de justifier.

 

La question se pose de savoir si la paix intérieure doit être monnayée à ce prix. Car ce prix si l’on y songe est des plus exorbitants. En pratiquant un savant dosage des châtiments qu’il inflige en fonction de l’origine des coupables ou de l’appartenance des victimes l’antiracisme donne l’impression que certaines populations méritent plus que d’autres sa protection. On peut ainsi, sans provoquer la moindre réprobation, flétrir l’origine européenne d’un flic ou d’un joueur de foot mais gare à celui qui se laisse aller à propos des juifs, des blacks ou des musulmans. Outre qu’une telle pratique à géométrie variable inflige, dans les faits, un ironique démenti à la logique égalitaire dont l’antiracisme se voudrait le flambeau, tout cela donne subrepticement à penser que toute cette mise en scène pourrait bien n’être, finalement, qu’un prétexte coercitif pour obliger des autochtones récalcitrants à accueillir l’effet des migrations comme une bénédiction. Pour dissiper ce soupçon légitime il faudrait au moins que l’attention des vigilants et les rigueurs d’une loi à prétention universelle s’applique à tous avec la même sévérité. Tant que ce ne sera pas le cas nous serons en droit de douter et de le faire savoir.

 
Coclés
10
juil

Histoire : La complexité à l’assaut de la correctitude

d27deaff3bd6312e541314ba921ff653.jpgSi l’on en croit les contes de fée relatifs à la seconde guerre  mondiale qui prolifèrent dans le sillage d’une « mémoire » toujours plus  impérieuse, les choses sont simples. Du moins pour ce qui concerne la  France.

D’une part une droite revancharde qui n’a pas digéré le Front Populaire  et une extrême droite cultivant le nationalisme et l’antisémitisme le plus rance. Dotées d’un tel pedigree elles se couchent devant le vainqueur national-socialiste et accouchent fatalement de Vichy. D’autre part la gauche humaniste et tolérante de toujours dont les  protagonistes se rassemblent, unanimes, dans les rangs de la Résistance.

C’est beau comme l’Antique et ça n’a pas pris une ride. Cette légende téléologique a été fabriquée à la Libération tant par les Staliniens qui tenaient alors le haut du pavé en terme d’influence  intellectuelle que par des gaullistes qui ne pouvaient pas gouverner le  pays sans compromis avec un Parti Communiste représentant plus du quart  de l’électorat. Noircir les  vaincus était aussi nécessaire aux communistes qui devaient faire oublier leur atermoiement « pacifiste » de l’été 1940 qu’aux partisans du Général qui ne pouvaient fonder la légitimité de la France Libre (dés l’Appel du 18 juin) que sur la trahison d’une poignée de misérables.

Les vainqueurs écrivent l’histoire, c’est une banale constante, mais généralement leur mythologie disparaît dés que leur génération passe la main. Les historiens prennent alors le relais pour fouiller les archives, mettre en pièce les falsifications autobiographiques et restituer au passé son ordinaire trivialité. La fausse gloire y perd un peu de son lustre mais la vérité y retrouve généralement son prestige. C’est en cela d’ailleurs que l’histoire diffère d’une mémoire toujours traversée par des affects et des passions jouant sur le particularisme  et ses ressentiments victimaires. La discipline historique demeure soumise au débat rationnel quand la mémoire, elle, se fige par vocation dans la pesanteur du dogme. En ce sens le triomphe d’une mémoire statufiant le légendaire dans le marbre de la loi n’est pas une bonne nouvelle et atteste d’une fâcheuse régression pour une Europe dont l’identité intellectuelle, au moins depuis les temps modernes, fut toujours synonyme de dialectique, de négation, d’esprit critique et de délibération argumentée.

On ne pas pas dire pour autant que les historiens n’ont pas fait leur travail, mais ce travail est demeuré pour l’essentiel inaudible. Seuls ont été canonisés ceux qui comme Paxton alimentaient la doxa véhiculée par le pouvoir politico médiatique. Bossuet disait que l’histoire
est le bréviaire des rois; dans la France d’aujourd’hui c’est la mémoire seule qui est devenue normative. D’où cette stupéfaction mâtinée de scandale lors de la parution du livre de Pierre Péan. Dans « Une jeunesse française » (1994) il racontait en biographe fouineur et scrupuleux le passé ambivalent de François Mitterrand. Un parcours bien éloigné des schémas simplistes et manichéens qui tracent une frontière infranchissable entre le Bien et le Mal. Une jeunesse étudiante dans le voisinage de l’Action Française, la meurtrissure de la défaite, le stalag et l’évasion, l’engagement dans les rouages de l’État français couronné par la francisque, puis au
cours de l’année 1943 le glissement progressif d’un patriotisme maréchaliste et anti-nazi vers la Résistance, giraudiste d’abord, puis, non sans réticence, gaulliste par raison.

Parcours heurté mais courageux dans une époque où les engagements furent bien rares. Parcours qui fut celui de biens des résistants. N’ayant pas appartenu comme Sartre et tant d’autres épurateurs au maquis du Flore et des Deux-Magots, Mitterrand ne se vantait pas outre mesure d’un passé pourtant irréprochable. Peut-être appartenait-il à cette France d’autrefois où les grandes choses s’accomplissaient en silence. Ce silence, bien sûr fut interprété à sa charge par l’immense tribu des héros de papier à qui on ne la fait pas.


f89ed237e0894268ee436e6738f527da.jpgLes amateurs de caricature seraient bien inspirés de lire là dessus l’historien Simon Epstein. Il vit à Jérusalem depuis 1974 et dirige à l’université hébraïque le centre international de recherche sur l’antisémitisme. En 2001 il publiait chez Albin Michel Les Dreyfusards sous l’Occupation, une étude magistralement informée où il pulvérisait bien des poncifs grâce à la mise en perspective de plusieurs centaines d’itinéraires. Nombre de dreyfusards de 1898 sont en effet devenus soit vichystes, soit collaborateurs (deux choses par ailleurs fort différentes). Les uns demeurant à gauche mais versant dans la collaboration par le biais du pacifisme munichois, d’autres passant au fascisme par le biais de l’anticommunisme. Quant à ceux qu’il appelle les « dreyfusards de combat », ceux qui pendant l’Affaire ont écrit des articles, publié des livres, présidé des meetings ou même se sont battus en duel, tous ceux-là, sans exception, sont devenus maréchalistes ou collaborateurs. Les noms se bousculent: Jean Ajalbert, Camille Mauclair, Félicien Challaye, Anatole de Monzie, Robert Louzin, Hubert Lagardelle, Alexandre Zévaés, Georges Lecomte, Abel Hermant, Paul Brulat, Armand Charpentier, tous fervents dreyfusards, anciens de la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) ou de la Ligue Internationale Contre l’Antisémitisme (LICA, devenue la LICRA d’aujourd’hui). Du même coup c’est la théorie dite « des deux France » qui se trouve invalidée.

Ce cliché bien pensant avait été réactivé par Michel Winock et d’autres dans les années 1980 dans une optique antilepeniste. Il stipule une parfaite continuité entre dreyfusards et résistants d’une part, entre antidreyfusards, collaborateurs et extrême droite contemporaine d’autre
part. Sorte d’histoire sainte fabriquée pour l’édification des masses et les cours d’éducation civique au collège, elle fait vibrer les coeurs républicains mais ne repose que sur des billevesées. Epstein semble prendre un malin plaisir à désespérer à la fois Billancourt (depuis longtemps déserté) et Saint-Germain des Prés. il y a quelques semaines il a récidivé avec un nouveau livre chez le même éditeur. « Un paradoxe français. Antiracistes dans la collaboration, antisémites dans la résistance » est une somme passionnante qui approfondit les recherches de son précédent opus et ouvre un nouveau chantier à propos des résistants eux-mêmes. Goût du paradoxe et de la symétrie, les premières phalanges de la résistance (nous ne parlons pas ici des ouvriers de la vingt-quatrième heure qui trouvèrent leur piteuse heure de gloire en tondant quelques milliers de femmes suspectées de « collaboration horizontale ») recrutèrent leurs partisans parmi les anciens activistes des ligues. Des hommes et des femmes
grandis dans une germanophobie d’inspiration maurrassienne et souvent demeurés antisémites jusque dans les réseaux de l’ombre où ils éditent tracts et manifestes qui portent l’empreinte de leur ancienne allégeance. Epstein déchiffre là des territoires peu explorés du fait des interdits qui lestent la période d’une prudente autocensure, et il le fait avec la mesure et la distance qui conviennent à l’épistémologie de sa discipline, sans jamais verser dans cet
anachronisme où les ânes dresseurs d’opinion ont pris l’habitude de trouver leur avoine depuis des décennies.

Là encore il procède en collectant des milliers de fiches et en élaborant un corpus documentaire qui fournit le socle de toutes ses analyses. Une telle méthode ne se prête guère aux vitupérations habituelles et aux hagiographies mensongères qui font la tambouille redondante des militants de la vigilance. On apprend ainsi au fil des pages que Marie-Madeleine Fourcade, Compagnon de la Libération, était avant-guerre secrétaire de rédaction d’un journal furieusement judéophobe, que Pierre de Bénouville, Honoré d’Estienne d’Orves ou Hélie de Saint Marc étaient militants de l’Action Française de Charles Maurras.

Des centaines de cas semblables sont ici alignés comme à la parade. Si les journalistes condescendaient à s’instruire et si les politiques  voulaient bien prendre le temps de lire, le climat  inquisitorial qui plombe notre pays pourrait peut-être se détendre pour le plus grand bénéfice de la concorde nationale. Mais l’ignorance semble, hélas, être devenue la meilleure, et à vraie dire la seule alliée de ceux qui  prétendent au magistère des consciences. Sombre époque. Heureusement  qu’il  nous reste quelques bons livres.

COCLÉS

25
juin

Pourquoi faudrait-il être « viscéralement anticommuniste » ?

e8a1eaef80bcd67c49fc6fbc8dcef83b.jpgAinsi Coclès démarre-t-il un commentaire à un de nos lecteurs. De celui-ci nous faisons une note :

Pourquoi faudrait-il être « viscéralement anticommuniste » ?

Outre que le communisme, du moins dans sa forme stalinienne, semble s’être depuis des lustres vaporisé de lui-même dans un désert dont on ne revient pas, il n’est pas toujours opportun de penser et d’agir avec ses tripes. Ces organes sont au demeurant fort utiles et pas du tout méprisables mais ils ont été prévus pour un autre usage. C’est vrai que la vie politique,ou ce qui en tient lieu, c’est souvent, pour le dire franchement, de la merde. Vous suivre ne résoudrait pas le problème car ce sont surtout les vidangeurs qui nous manquent.

Pour en revenir au communisme disparu, il est bien vrai que son spectre hante encore largement notre historiographie et que nos manuels scolaires, par exemple, le traitent avec une grande mansuétude mais il en sera ainsi tant que nous ne serons pas sorti de l’antifascisme spectaculaire et sénile qui tient lieu de prêt à penser moral à une oligarchie qui n’hésite pas par ailleurs à cultiver l’incivisme le plus obscène.

Quant à la « subversion gauchiste » elle est tout sauf subversive. La subversion s’exerce généralement par des canaux souterrains et selon des procédures occultes. Ce n’est certainement pas le cas du gauchisme contemporain qui est au contraire surexposé par et dans les médias du parti oligarchique.

Si vous vouliez bien penser non avec vos tripes, mais avec votre cervelle, peut-être seriez vous amené à vous poser la question de savoir, entre mille exemples, pourquoi un Besancenot a été choisi par le système pour devenir une coqueluche du PAF. Si vous voulez bien vous livrer à cet effort, qui suppose, c’est vrai, quelques lectures, sans doute serez-vous amené à ne plus parler ni de « socialos » ni de « fausse droite » vu que les uns et les autres ne sont que des logos publicitaires destinés à mimer le pluralisme démocratique pour faire, in fine, exactement la même chose, sans doute « à la botte des ploutocrates apatrides » comme vous dites dans un langage un peu suranné mais qui désigne ici des réalités bien concrètes.

Ci-dessous le commentaire concerné :

L ‘Alsace est déjà à gauche.. La fausse droite UMP, immigrationniste, complaisante à l’égard de la subversion gauchiste et à la botte des ploutocrates apatrides est tout aussi nuisible que les socialos..

Seule une droite identitaire viscéralement anticommuniste et pourfendant les différents lobbies serait à même de changer les choses..
Ecrit par : JF | 17.06.2008

23
juin

LIBÉRATION, LE TITRE AUQUEL VOUS AVEZ ÉCHAPPÉ…

373274a4634a426fd6bb46a83e884e22.jpgDans son édition du samedi 31 mai, le quotidien Libération rapportait dans le détail un déplorable incident survenu une semaine auparavant dans la capitale italienne. Citons le:  » Samedi dernier, le quartier populaire du Pigneto a ainsi été le théâtre d’une chasse à l’immigré. Aux cris de « sales étrangers » et de « bâtards » une vingtaine de jeunes couverts de foulards – l’un orné, semble-t-il, d’une croix gammée – ont effectué un raid punitif contre un commerçant originaire du Bangladesh qui a été blessé à coups de bâtons. Lors de l’assaut, les vitrines de plusieurs boutiques tenues par des étrangers ont également été cassées.« 

Dans le souci louable de donner à ses lecteurs une information exhaustive le quotidien insistait sur l’élection récente à la tête de la municipalité de Rome de Gianni Alemanno, membre du parti de monsieur Fini et anciendes jeunesses néofascistes du Mouvement Social Italien. D’où, sans doute, le titre de l’article : « Rome sous l’empire de la haine. Dirigée par un postfasciste, la capitale italienne a été le théâtre de violences contre des étrangers.« 

Il se trouve que l’enquête devait montrer quelques jours plus tard que si des slogans xénophobes avaient bien été hurlés par les agresseurs, l’incident, lui, relevait d’un règlement de compte privé qui ne devait pas grand chose à l’empire de la haine. Mais les lecteurs de Libération qui ne lisent pas l’italien ne le sauront pas. Le quotidien n’ayant pas estimé utile à la haute opinion qu’il se fait de la déontologie journalistique de les en avertir.

La capitale italienne n’a pas, hélas, le monopole des violences de type ethnique. Vendredi dernier, à Paris, alors que quelques milliers de lycéens fêtaient la conclusion de leur baccalauréat, ils ont été pris à parti par 300 « jeunes » issus de la banlieue. Comme ils semblent en avoir pris l’habitude lors des manifestations lycéennes ces « jeunes » étaient venus là pour tromper la hausse du coût de la vie et faire leur marché à moindre frais. Leur soirée s’est poursuivie par le pillage d’une dizaine de commerces et de sévères affrontements avec les forces de l’ordre. Qu’on se rassure tout de même; aucun de ces loubards ne portait de cagoule ornée, « semble-t-il », d’une croix gammée…

Samedi, c’est un jeune juif portant kippa qui était agressé, toujours à Paris, par un groupe d’Africains. Il est entre la vie et la mort. Les associations juives comme la plupart des membres du gouvernement ont parlé d’agression antisémite.
On imagine, dans ce contexte, le titre qu’un « Libé » soucieux de balancement, d’équilibre et de symétrie pourrait trouver, ce lundi, pour attirer ses lecteurs sur les désastreux événements qui viennent de frapper la ville-lumière,
celle dont le socialiste Bertrand Delanoë vient tout juste d’être réélu maire.
Vous ne voyez pas le rapport ?
Nous non plus, rassurez vous.

Note : Ce commentaire concernant le kippabashing a été écrit bien avant que la presse nous apprenne que la victime avait déjà été interpellé « après des incidents à caractère intercommunautaire » en 2007. 

 

4
juin

Palme d’or pour une syntaxe défunte

e9bc2fe7b76cf8e5ca85beae623ba280.jpg La récente Palme d’or de Cannes a donné lieu à de répugnants élans démagogiques de la part notamment des médias, de certains barons socialistes et de tout ce qui compte dans le rang des bonnes âmes de France, vantant cette fameuse France multiple composée des non moins fameux chances-pour-la-France. Nous ne jugeons pas le film sans l’avoir vu, mais l’esprit qui entoure cette annonce. Rappellons encore que François Bégaudeau est l’archétype de l’écrivaillon plébiscité par certains médias bien pensants, Les Inrockuptibles en tête ou le mensuel strasbourgeois Polystyrène. Est-ce qu’un mauvais écrivain peut donner naissance à un bon film ? Il est permis de douter… Mais l’essentiel, c’est les propos dudit écrivain, brocardant les tenants d’une école classique, d’un enseignement classique, d’une vision classique et solide de la langue et de la littérature. L’une de ses cibles, Alain Finkielkraut lui répond dans Le Monde…

La Droite strasbourgeoise 

 

 

par Alain Finkielkraut

Pour François Bégaudeau, auteur du livre Entre les murs (Verticales, 2006) et acteur principal du film qui en a été tiré, la Palme d’or du Festival de Cannes est un véritable conte de fées. Sa joie, partagée avec le metteur en scène Laurent Cantet et les élèves du collège Françoise-Dolto, qui jouent leur propre rôle, fait plaisir à voir. On lui pardonne même son brin de suffisance : comment garder la tête froide dans un moment aussi inattendu et aussi exceptionnel ?

Bégaudeau n’a pas le triomphe modeste, soit. Mais pourquoi l’a-t-il acrimonieux ? Pourquoi cette vindicte à l’égard des professeurs qui ne partagent ni ses méthodes, ni ses objectifs, ni son optimisme ? Pourquoi être si mauvais joueur quand on a gagné la bataille, et s’acharner contre les derniers récalcitrants quand on a, à ses pieds, le président de la République, la ministre de la culture et celui de l’éducation nationale ? Et pourquoi faut-il que Le Monde (le 28 mai) alimente cette étrange aigreur en dressant le repoussoir des « fondamentalistes de l’école républicaine » qui prônent « l’approche exclusive de la langue française par les grands textes » ?

Fondamentaliste, la lecture d’A la recherche du temps perdu, de Bérénice ou du Lys dans la vallée ? Fondamentaliste, l’expérience des belles choses, l’éventail déployé des sentiments et le tremblement littéraire du sens ? Le fondamentalisme est arrogant, catégorique et binaire ; la littérature problématise tout ce qu’elle touche. Le fondamentalisme enferme l’esprit dans le cercle étroit d’une vérité immuable ; la littérature le libère de lui-même, de ses préjugés, de ses clichés, de ses automatismes. Le fondamentalisme est une fixation ; la littérature, un voyage sans fin.

On jugera le film de Laurent Cantet lors de sa sortie en salles. Peut-être sera-t-on intéressé, voire captivé par cette chronique d’une année scolaire dans une classe de quatrième à travers les tensions, les drames, les problèmes et les imprévus du cours de français. Mais s’il est vrai qu’après s’être vainement employé à corriger la syntaxe défaillante d’adolescentes qui se plaignaient d’avoir été « insultées de pétasses« , l’enseignant finit par utiliser certaines tournures du langage des élèves, « plus efficace que le sien« , alors on n’aura aucun motif de se réjouir.

Car la civilisation ne demande pas à la langue d’être efficace, d’être directe, de permettre à chacun de dire sans détour ce qu’il a sur le coeur ou dans les tripes, à l’instar de ce magistrat qui a conclu son réquisitoire contre un accusé terrifiant par ces mots : « A gerber ! » La civilisation réclame le scrupule, la précision, la nuance et la courtoisie. C’est très exactement la raison pour laquelle l’apprentissage de la langue en passait, jusqu’à une date récente, par les grands textes.

Naguère aussi, on respirait dans les oeuvres littéraires ou cinématographiques un autre air que l’air du temps. Sean Penn, le président du jury, a remis les pendules à l’heure en déclarant, dès la cérémonie d’ouverture du Festival et sous les applaudissements d’une presse enthousiaste, que seuls retiendraient son attention les films réalisés par des cinéastes engagés, conscients du monde qui les entoure. Sarabande, Fanny et Alexandre, E la nave va, In the Mood for Love, s’abstenir. Un conte de Noël, ce n’était pas la peine. Le monde intérieur, l’exploration de l’existence, les blessures de l’âme sont hors sujet. Comme si l’inféodation de la culture à l’action politique et aux urgences ou aux dogmes du jour n’avait pas été un des grands malheurs du XXe siècle, il incombe désormais aux créateurs de nous révéler que Bush est atroce, que la planète a trop chaud, que les discriminations sévissent toujours et que le métissage est l’avenir de l’homme.

L’art doit être contestataire, c’est-à-dire traduire en images ce qui est répété partout, à longueur de temps. Big Brother est mort, mais, portée par un désir de propagande décidément insatiable, l’idéologie règne et veille à ce que notre vie tout entière se déroule entre les murs du social.

Alain Finkielkraut est philosophe.