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Articles marqués ‘fn’

14
mar

Ja zum Elsassischen Landrat !

 

La question que les Alsaciens auront à trancher le 7 avril lors d’un référendum sera la suivante : Approuvez-vous le projet de création d’une Collectivité Territoriale d’Alsace, par fusion du Conseil régional d’Alsace, du Conseil général du Bas-Rhin et du Conseil général du Haut-Rhin ? (voir http://www.referendum-alsace.fr/)

Le texte de Julien Jauffret, ancien du Choc du Mois nous donne un aperçu des enjeux.

 

Ja zum Elsassischen Landrat !

Le 7 avril prochain sera une date décisive pour l’Alsace. Ce jour-là, les Alsaciens voteront en effet par référendum pour savoir s’ils souhaitent fusionner le Conseil régional d’Alsace et les deux Conseils généraux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin pour créer un Conseil unique, la Collectivité territoriale d’Alsace. Projet unique dans l’espace institutionnel français, la fusion entre une région et des départements, si le oui l’emportait, serait une première en France.

Pour l’Alsace, ce serait la possibilité de retrouver l’unité perdue depuis le Reichsland pour enfin parler d’une seule voix. Quoi de plus aberrant que ce millefeuille administratif antidémocratique, coûteux et inefficace imposé par Paris ? Quoi de plus aberrant que la multiplication des structures et des institutions locales qui diluent les responsabilités et ne permettent plus au citoyen de s’y retrouver ? Quoi de plus aberrant que ces décisions prises dans les ministères au mépris des réalités locales ? Quoi de plus aberrant enfin que ces « Haut-Rhinois » et ces « Bas-Rhinois » ? Tous Alsaciens, gotfertomi ! Comme le dit Jacques Cordonnier, président du mouvement régionaliste Alsace d’abord, « l’Alsace sait mieux faire, plus vite et moins cher que l’Etat », alors laissons-là faire.
Mais c’était compter sans les Jacobins.Le jour même où Philippe Richert, président UMP de la région, annonçait un « accord historique » entre les trois présidents des collectivités alsaciennes pour l’organisation d’un « Congrès Alsace » en vue de leur fusion (22 janvier 2011), ils se sont mis à hurler à la République qu’on assassine… et à nous rejouer 1792 et l’unité menacée. Le député PS de Strasbourg, Armand Jung, voit dans le Conseil unique « des réminiscences du passé revenant sur la scène de manière insidieuse » (aglagla) et clame : « Notre avenir est au sein de la France et de la République ». Certes, qui dit le contraire ? Pour le Front de gauche Alsace, le Conseil unique est carrément révélateur du « démantèlement programmée de la République ». Un nuage de criquets girondins qui s’abat sur la République, en somme.Une vingtaine d’élus alsaciens, pour la plupart issus de la droite « souverainiste » et du Modem, ont eux aussi dégainé leur jacobinisme indécrottable en publiant il y a un mois un manifeste intitulé « j’aime l’Alsace, je dis non ».

A l’instar de Roland Ries, maire socialiste de Strasbourg, ils qualifient le projet « d’usine à gaz ». Il est certain qu’un Conseil au lieu de trois, ça va considérablement embrouiller les relations avec les administrés. A croire qu’il n’y a plus que la connerie qui soit souveraine dans cette affaire. Quant au syndicat FO, il s’oppose au projet parce que « cette recomposition territoriale induirait une perte de 40% des effectifs d’agents publics en Alsace ». Ça tombe bien, c’est exactement l’argument des partisans du oui.

Mais la palme de la crétinerie robespierriste revient assurément au nationaliste champenois bas du front Pascal Erre, conseiller régional et membre du Bureau politique du Front National, secrétaire départemental du FN51 (Marne). Pour ce « Esselpfurzjager », comme on dit dans cette langue savoureuse d’outre-Vosges (« chasseur de pet d’âne »), le projet du Conseil unique consiste à « aller plus loin dans la destruction de l’état-nation France, en permettant à l’Alsace de s’ériger en Etat quasi-indépendant ». Aux armes, citoyens ! Evoquant le « Rapport congrès d’Alsace » édité par le Conseil régional et les deux assemblées départementales en novembre 2012, il conclut que « pour les auteurs du rapport, il est clair que l’Alsace n’est pas française ». Diable. Faut-il les faire fusiller, mon général ? Ce qui lui reste en travers de la gorge, c’est la volonté des auteurs d’ancrer la région… dans l’espace rhénan.

Il est certain que l’Alsace devrait plutôt chercher à s’ancrer du côté de Plouescat, qui est de sa nation, plutôt que de Kehl, qui est à dix minutes à pied du centre de Strasbourg mais qui a le défaut de n’être pas vranzais. « La nation rhénane n’existe pas et n’a jamais existé », affirme notre intello. C’est vrai, on ne va quand même pas se mettre à fréquenter des régions qui ne sont pas des nations, sans blague. Le pompon : « « Pour une région résolument rhénane ? » (…) c’était aussi le rêve des nazis pendant la seconde guerre mondiale (la fameuse « Lotharingie » d’Himmler) ». Sans compter la non moins fameuse rigolade du lecteur. Un autre scandale épouvantable relevé par notre Champenois, amateur probable des bulles qui font la célébrité de sa région, c’est que les auteurs du rapport « ont auditionné des experts allemands et suisses » et ce… « alors que des millions de Français sont morts pour que l’Alsace redevienne française et le reste » ! Là, c’est la haute trahison et la Cour martiale, au moins. « Que l’Alsace ait des relations avec ses voisins allemands et suisses est normal », concède finalement ce géopoliticien avisé, « mais dans un cadre national ».

Rompez ! J’avais toujours soupçonné un quiproquo dans le vote FN des Alsaciens. Je crois que je viens de comprendre pourquoi.

Julien Jauffret

1
mar

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