En communauté de pensée avec Adrien Zeller

La 500ème note n’est pas forcément celle que nous pensions rédiger. Elle nous permet d’adresser un message de soutien à Adrien Zeller dans l’épreuve qu’il traverse et notre souhait de le retrouver rapidement dans l’arène.
Municipales de Strasbourg 1 : crever l’abcès de la défaite des droites
Allez, pour les sales boulots, c’est clair, il n’y a jamais de volontaires. Personne ne veut s’y coller. Il en va ainsi de l’analyse de la défaite des droites lors de la dernière élection municipale de Strasbourg. Vous nous direz que cela s’est passé il y a une éternité. Mais non, c’était l’an passé et depuis, si des plaies se sont refermées, d’autres se sont ouvertes sans qu’il n’y ait eu ni analyse, ni désinfection, ni vaccin. Cette sémantique médicale vous fait peur ? Vous n’aimez ni le bruit du scalpel sur le marbre de l’hôpital, ni la vue d’une aiguille tissant des points de sutures, ni encore plus l’idée de piqures naturellement de rappel, il va falloir vous faire une raison. On ne soigne pas tout à coup de pensées magiques ou en refoulant ses souvenirs loin dans sa mémoire. Pour un peu, on citerait Brecht : « Oublier le passé, c’est être condamné à le revivre » !
Tout d’abord, osons l’avouer, la défaite ne s’est pas construite en un jour. Si le bilan de la présence du « tandem » à la tête de la ville se matérialise par des avancées et investissements évidents (Jardins des deux rives, Médiathèque) qui font aujourd’hui la renommée de la ville. S’il y a bien eu investissements massifs dans la gestion de la ville, l’image de marque et le comportement de certains a fait germer l’idée que l’exécutif ne pouvait plus être « supporté » au sens propre comme au figuré. Lentement mais surement, alors que certains aspects comportementaux suffisaient, un microcosme agissant enracinait cette idée dans les discussions et l’opposition en faisait ses choux gras. Cela touchait bien entendu la tête de l’exécutif, mais aussi son équipe.
Contre son camp
A ce titre la gestion de la précampagne municipale fut assez dramatique. L’exercice est difficile, mais on doit pouvoir le gérer sans effusions, cela ne fut pas le cas. Dans la majorité, chaque clan ou sous-clan jouait contre l’autre, cherchant à balancer ou à nuire à ses voisins, sans se douter qu’ils alimentaient à l’extérieur un rejet ou qu’ils faussaient la campagne. Il en va ainsi des « centres ». Le modem venus de l’extérieur, les centristes de l’UMP comme les Modemistes fidèles au tandem firent ainsi les frais de campagnes délirantes ou de chasses aux sorcières exagérées. Il en va ainsi de l’une d’entre elles, adjointe, balancée par ceux qui souhaitaient placer une amie à sa place, pour avoir commis, un crime connu de tous, avoir choisi une agence de communication marquée. Ceux qui souriaient dans les étages en faisant cela ne se rendaient sans doute pas compte qu’ils allaient nuire à l’ensemble de l’équipe et mettre à néant une campagne de séduction à mener auprès de l’électorat centriste. On notera dans le casting d’autres buts contre leur camp, dont certains pèsent aujourd’hui encore sur l’efficacité des groupes (deux pour le moment) de droite et du centre au sein de l’opposition municipale. En se trompant d’ennemis, en jouant perso ou parti, certains pompiers de la majorité de l’époque jouèrent clairement aux pyromanes.
Une gauche peut en cacher une autre
Pendant ce temps là, une gauche parfois plus extrême, faisait le choix de suivre les enseignements gramscistes et de prendre en main le pouvoir associatif, culturel dans les quartiers. Nième colonne de dénigrement, elle agissait, souligne les points locaux de désaccord avec la municipalité, attisait des conflits réels (il faut le reconnaître) et en amplifiant d’autres. De certains centres socioculturels devenus les bastions de partis politiques totalisant guère plus de 0.5 % des voix à des associations d’intérêts locaux et sectoriels, la gauche renforcée par les Verts et son extrême assumée créait les conditions d’une victoire.
La cerise sur le gâteau fut l’accord Vert-PS et l’élection de militants extrémistes blanchis pour les besoins de la cause par l’onction de l’objectif à atteindre : la défaite de la droite.
Droites et centres divisés.
Malgré une campagne épique et pathétique, le centre allait peser sur la campagne. Non en raison de son score ou des soubresauts façon « plus belle la vie » et Dallas, mais là encore en raison des coups portés principalement et en raison de forts ressentiments vers la droite. Il contribuait ainsi à confirmer les ambiances, les rumeurs et les procès faits à la majorité.
Du côté de la droite extrême, FN et Strasbourg d’abord se neutralisaient au cours de campagne de témoignage souvent hors sujet ou décalés, alors que les Strasbourgeois aspiraient à la proximité. Cependant, la gauche, en arguant des divisions de la droite, du centre et en culpabilisant la majorité sortante sur sa « droititude » sut aussi contribuer à geler les reports de voix et les réserves du second tour (Le tandem avait sans doute oublié qu’en 1995, il bénéficiait « naturellement » sur un axe sécuritaire des 17 % totalisés par le FN et Servir Strasbourg. Si en 1995, la droite extrême avait pu se maintenir au second tour, la victoire aurait été difficiles).Le théâtre des opérations ainsi constitué, la victoire était quasi impossible.
Déficit d’incarnation.
Conjointement aux deux derniers points, il est apparu évident que la droite portée par Fabienne Keller et Robert Grossmann souffrait aussi d’un déficit d’incarnation. A force de trop communiquer sur le tandem, les adjoints et candidats, dont certains furent cependant actifs, tombaient dans l’anonymat alors que la gauche faisait apparaître des personnalités reconnues dans les cantons et quartiers. Pour s’en percevoir, même aujourd’hui, il suffit d’interroger un voisin, non initié, et de lui demander de citer des représentants de la droite à Strasbourg hors justement les deux ex-responsables de l’exécutif et les députés que sont André Schneider et Jean-Philippe Maurer. Le reste se passe de commentaires et l’on rajoutera juste qu’à ce déficit là s’ajoute logiquement celui d’implantation dans des quartiers comme Hautepierre mais même jusqu’au quartier des Quinze offerts ainsi à des Conseillers Généraux de gauche.
De l’addition de paramètres à la défaite.
On l’aura compris, l’addition de ces points ne pouvaient conduire qu’à la défaite et elle est grande lorsque l’on mesure à la fois l’implantation cantonale et municipale d’une gauche portée par des élus médiatiques et secondés par une jeune génération dotée désormais de mandats et des revenus de leurs mandats pour s’enraciner encore plus.
On rajoutera à cela des faits sociologiques, des analyses complémentaires et des notes plus spécifiques, fruits des travaux de plumes de La Droite Strasbourg. L’ensemble doit poser des questions, permettre, comme le dit la gauche de « comprendre pour s’engager » dans une lente reconstruction qui passe irrémédiablement par la compréhension (au sens premier de texte) des raisons de la défaite.
Son explication ne saurait en effet se satisfaire d’une « c’est ainsi » ou de la désignation d’un bouc émissaire, quel qu’il puisse être. Ce travail impose la lucidité et le courage autant au travers d’un courage lucide que d’une lucidité courageuse. Nous ouvrons le débat. Nos colonnes aussi
Jeunes et Politique à Strasbourg : les pieds dans le plat !
Une analyse circule sur le net. Elle est fine. Certains l’ont lue, soulignent sa pertinence, d’autres ne l’ont pas lue mais en partagent les grandes lignes. D’autres soulignent la clairvoyance de l’auteur ou des auteurs. Il en ressort que la gauche bas-rhinoise et strasbourgeoise est en train de mettre en orbite, sauf division dont elle a le secret, une génération de cadres, assistants parlementaires, adjoints qui pourraient faire ses beaux jours pour les 10 prochaines années.
Ces jeunes ont entre 25 et 40 ans, Philippe Bies fait même fonction d’aîné. Ils disposent désormais de mandats acquis autant sur des scrutins de liste que sur leurs noms, ils disposent désormais de revenus liés à leur engagement politique ou à leur statut quasi-permanent qui leur permettront de financer aisément d’ici quelques années autant leur propre campagne qu’un investissement de fond dans le paysage politique alsacien.
Cette évidence matérielle se double aujourd’hui d’une efficacité reconnue, d’une solidarité affichée (avec lézardes cependant) et d’une hyperactivité qui fait qu’on les croisent autant dans les bureaux de la CUS qu sur le terrain, sur les terrasses où ils retrouvent des réseaux associatifs et militants qui les accompagnent et les portent. Cette réalité vaut pour une génération PS et existe d’une façon moindre pour les Verts. Elle manifeste l’existence, une fois que les Ries, Bigot, Herrmann, Jung, auront fait leur temps d’une relève constitué d’animaux politiques et idéologisés.
Ce constat fait, on passe à droite et au centre.
Là, s’il existe des talents, ils sont toujours cantonnés dans l’ombre et au silence. Pas une tête ne saurait dépasser, sinon « couic ». Si certains gagnent ainsi plus facilement des élections internes que des mandats locaux, ils n’en restent pas moins prisonniers de leur âge et de leurs camps. D’autres sont diabolisés ou cloisonnés depuis les municipales.
Un vieil observateur et grand élu de la vie politique alsacienne estimait récemment que le nombre de jeunes femmes et hommes politiques publiquement connus du grand public à droite et sur la CUS se résumait en une poignée tous partis confondus. Il précisait à l’attention des initiés « pas forcément tous compatibles » mais « je dis bien connu du grand public, pas des compagnons, hein ».
« Combien de jeunes de droite se sont régulièrement présentés dans les mêmes villes et cantons ces dernières années ? Combien se sont durablement impliqués dans un secteur ou une commune de la CUS. Vous avez là aussi les raisons de la percée de la gauche à Strasbourg, à Illkirch, à Schiltigheim et demain ailleurs».
Nous le laisserons, s’il le souhaite, stigmatiser publiquement cette absence de renouvellement et finalement cette situation qui fait que l’on gâche des talents et des opportunités en faisant de certains jeunes de porteurs d’eaux à vie pour talentueux et résistants éléphants. Pas étonnant dès lors que certains désertent l’engagement public !
Nous ferons par contre écho à cette vague de mécontentements qui monte pour que des états généraux des droites alsaciennes voient le jour, pour qu’un renouvellement soit entamé et pour que des jeunes pousses et quadra puissent enfin et sur le terrain exprimer un renouveau, ce du nord au sud de l’Alsace.
On ne peut en effet aller de l’avant si l’on ne tire pas des défaites des enseignements salutaires pour l’avenir de la région. A moins, comme l’évoquait un militant ump qu’il ne faille « perdre les régionales, pour qu’ILS et ELLES ouvrent vraiment les yeux ».
- Note : Libre à qui veut et peut de commenter et diffuser ce texte en faisant état de la source. Le débat est lancé.
L’Appel du Gaullisme : entendre la soif d’idéal !
L’une des particularités françaises des mouvements politiques de jeunesse est leur manque totale d’indépendance vis-à-vis de leurs partis respectifs. Ils ne sont pas leurs cadets, ils sont leurs enfants, si possibles sages et dociles. Et ceci est valable pour la gauche comme pour la droite. Se rappelant Mai 68 et la révolte d’une jeunesse, la gauche a cependant choisi une autre façon d’aborder le problème. Elle a permis la création de bacs à sable militants (syndicats lycéens, étudiants) qui permettent que jeunesse se fassent.
De ces bacs à sable (il ne faut rien voir de péjoratif dans le terme, qui d’entre nous n’a pas fréquenté un bac à sable ?) sont sortis des mouvements et des dirigeants de mouvements lycéens, étudiants, sociaux, que les partis ont ensuite intégré à de hautes fonctions. Pendant ce temps, à droite et ailleurs, la jeunesse militante était cantonnée à fournir des bataillons de tracteurs et de colleurs d’affiches. Les meilleurs militants gagnaient parfois le droit de porter des serviettes et de prendre leur ticket d’attente devant le cimetière des éléphants.
Un seul mouvement échappa quelque temps à cette réalité, ce fut l’Union des Jeunes pour le Progrès qui sut conquérir son indépendance sans doute parce que Charles de Gaulle et les siens savaient, pour l’avoir vécu dans leur chair, ce qu’une jeunesse peut faire comme sacrifice et combien son engagement peut changer l’histoire. C’est cette épopée contemporaine que retrace Robert Grossmann dans son dernier livre « L’Appel du Gaullisme, de Charles de Gaulle à Nicolas Sarkozy ». L’UJP est ainsi encore aujourd’hui le seul mouvement majeur de droite à avoir laisser une trace, sans doute parce que son idéal gaulliste était incarné, par le Général lui-même mais aussi par d’autres grands noms comme André Malraux.
« La révolution avec de Gaulle» annonce le jeune Grossmann ! Il incarne certes une saine volonté de rupture et de prise de responsabilités devant l’Histoire mais le printemps de mai 1968 et le rejet de l’excellent référendum de 1969 en auront raison.
Les 365 pages de « L’Appel du Gaullisme » nous font partager cette aventure, des rencontres aux assises de Strasbourg en 1969. Elle la prolonge en évoquant la mise à l’étrier d’un jeune gaulliste, Nicolas Sarkozy. Quel est donc son gaullisme ?
Porteur de sens, l’idéal gaulliste est porteur de valeur. Sa « modernité » est envisageable, mais pour cela, il faut savoir ce qu’il reste de gaulliste à la vie politique française et aux gaullistes d’aujourd’hui ou à celles et ceux qui se revendiquent comme tels.
De quoi se retourner une fois encore vers une jeunesse, comme l’a fait le PS en Alsace. Ne convient-il pas de faire avancer ensemble des générations militantes ? Ne convient-il pas d’accepter qu’une jeunesse de droite puisse aussi avoir des actions et des pensées politiquement incorrectes ? Ne convient-ils pas de ne pas choisir autre chose que de jeunes moutons lorsque l’adversaire comme la situation du pays nécessitent que l’on fasse preuve de courage et d’engagements ?
Ces leçons se méditent encore aujourd’hui « pour des succès achevés ou des malheurs exemplaires » et « l’appel du Gaullisme », de Robert Grossmann se doit d’être entendus par delà la technocratie ambiante et les destins carriéristes dont se contentent aujourd’hui une certaine droite.
Eric Neustadt
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«L’appel du gaullisme, de Charles de Gaulle à Nicolas Sarkozy, 1958-2007», éditions du Rocher, 365 pages. Robert Grossmann présentera et dédicacera son livre à la librairie Kléber à Strasbourg le samedi 12 avril, à 15 h.
A chaque écolier … son héros alsacien
« Héros obscurs, parfois plus grands que les héros illustres »(Victor Hugo)
Au lieu de susciter la controverse autour de la Shoah, comme vient de le faire Sarko à court d’idées pour remonter dans les sondages , si l’on faisait parrainer par chaque écolier de CM2 en Alsace un héros alsacien ? Les héros alsaciens ne manquent pas , qu’il soient célèbres ou anonymes , et le rappel de leur mémoire permettrait à nos chères têtes blondes de recréer peut-être une forme de fierté à l’égard de leurs glorieux anciens …
L’idée n’est pas nouvelle , et les Scouts de France, en Alsace, l’ont mis en œuvre, bien avant les élucubrations de Sarko ou de Marine Le Pen, en donnant à leur groupe de scouts et de guides le nom d’un héros de la résistance alsacienne . C’est ainsi que j’ai eu l’honneur d’appartenir successivement au Groupe scout Robert Kieffer à Bischheim , avant de rejoindre le groupe Alphonse Adam de Schiltigheim, deux jeunes résistants alsaciens qui ont sacrifié leur jeune vie à la patrie.
Leur mémoire était présente avec leurs noms sur l’insigne que nous portions sur nos uniformes kakis et nos chefs – quand le scoutisme était encore fidèle aux valeurs de Baden-Powell avant de virer au rouge pionnier- nous emmenaient en sortie le dimanche matin, par la route du Rhin à Strasbourg, près du monument du général Desaix. Sur le côté droit , à l’entrée d’un square ombragé , rebaptisé aujourd’hui Square des Fusillés ,les guides , scouts et louveteaux de Schiltigheim et de Bischheim se recueillaient devant une stèle où sont gravés six noms de la résistance alsacienne fusillés à cet endroit par les Allemands , le 15 juillet 1943 .
Parmi eux se trouvaient Robert Kieffer, de Bischheim, et Alphonse Adam de Schiltigheim, tous deux brillants élèves, sortis du collège Saint Etienne à la veille de la guerre, et membres fondateurs du « Front de la Jeunesse Alsacienne », jurant sur le crucifix et le drapeau tricolore de refuser l’incorporation de force dans la Wehrmacht.
Dans son édition du 12 juillet 1953 , soit dix ans après , le « Nouvel Alsacien » rendait hommage , sous la plume de mon ami Paul Collowald, au responsable du groupe, Alphonse Adam, « refusant de se laisser bander les yeux, attendant la salve meurtrière, le front haut, le regard tourné vers l’horizon où montait la Victoire et l’espérance de jours meilleurs »
Et le « Nouvel alsacien » de conclure : « Qu’avons-nous fait de son idéal ? Et que sont devenus ces lendemains…qui ne chantent plus guère ? ».
On pourrait aussi évoquer la mémoire du socialiste alsacien , Julius Leber , né le 16 novembre 1891 à Biesheim dans le Haut-Rhin et fusillé par les nazis le 5 janvier 1945 à Berlin-Plötzensee pour avoir participé à l’attentat, hélas manqué, du comte von Stauffenberg contre Hitler. Ou encore celle du communiste Georges Wodli , cheminot ajusteur aux ateliers ferroviaires de Bischheim (Werikstadt), décédé sous la torture au cours de la nuit du 1er au 2 avril 1943 , pour avoir animé le réseau de sabotage Wodli.
La liste est longue , Monsieur le Recteur, et l’on pourrait remonter à d’autres époques, comme le Bundschuh ou d’autres périodes controversées, plus récentes, de notre Histoire de l’Alsace ,entre les deux guerres par exemple , où l’on poursuivit des régionalistes, autonomistes alsaciens, comme le docteur Ricklin ou René Schickele , ami d’Ernst Jünger et qui, en proie au chauvinisme des « Hourrah Franzose » chers à Hansi , dut s’établir Outre-Rhin , avant de se réfugier en Provence, devant la montée du « Grand Forestier » qui allait tout dévaster ( in Falaises de Marbre).
Les héros alsaciens on le voit -chacun selon sa sensibilité- , ne manquent pas dans notre Histoire tourmentée : « Héros obscurs, plus grands parfois que les héros illustres » comme dirait Victor Hugo !
José Meidinger
La vraie fausse « affaire » Jurdant.
On en parle décidément beaucoup de cette affaire Jurdant-Pfeiffer + Bouhris, qui excite un peu tout le monde sur le site des Dernières Nouvelles d’Alsace. On s’offusque par ici, on pousse des cris d’orfraie par là, on exprime son incompréhension un peu plus loin. Mais avant tout, on dit tous la même chose dans un discours consensuel noyé dans les bons principes, qui découle plus du réflexe que de la réflexion… et on envoie les « coupables » au pilori sans même se demander pourquoi ils ont osé ce rapprochement insolent.
Que fait Mme Jurdant-Pfeiffer quand elle demande à M. Bourhis de s’occuper de son blog de campagne ? Elle optimise l’outil de communication qui lui permettra de diffuser les idées qu’elle défend et peut-être (peut-on penser à ce moment-là) d’asseoir les idées centristes dans un mandat qui verra leur mise en application. D’un point de vue stratégique, pour qui se réclame des convictions de l’UDF (comme ça s’appelle à ce moment-là) et plus généralement des valeurs humanistes qu’il porte, l’initiative peut paraître plutôt constructive…
Que fait M. Bourhis quand il accepte de s’occuper du blog de Mme Jurdant-Pfeiffer ? Il ne raisonne pas en militant (qu’il est encore ou qu’il n’est plus, à ce moment-là), mais réagit en professionnel, et tente d’optimiser son travail pour préparer une bataille politique avec des idées qui ne sont a priori pas les siennes. Outre l’opportunisme et les affaires, c’est tout de même une preuve d’ouverture assez magistrale quand on sait les idées qui s’assimilent à son passé politique.
Du point des vue des idées, où donc est le problème ? Sauf à s’opposer par principe (et en fait de manière tout à fait réactionnaire) à cette association. Car, au nom de l’humanisme que l’on croit défendre, on ne peut s’enfermer dans un clivage rétrograde et fermé séparant ceux qui portent les bonnes valeurs et ceux qui incarnent les mauvaises ad vitae eternam, sans prendre en compte ce qu’ils disent, ce qu’ils font et pourquoi ils le font (1). Au nom de la lutte contre la discrimination on ne peut discriminer le travail d’autrui, surtout quand on ne se base sur aucune accusation plus tangible que celle de la mauvaise intention (et encore faudrait-il le montrer). Une paille… une poutre…
On peut quant à nous souligner l’intelligence politique des choix stratégiques qui ont été faits en toute honnêteté, et regretter que l’on demande maintenant à Mme Jurdant-Pfeiffer de se justifier pour avoir voulu la victoire de ses idées, et à M. Bourhis de se retirer pour y avoir contribué.
Pierre Antoine Beyer
(1) Ici, je rejoins le point de vue de Jean-Claude Meyer, dont l’intelligence de l’analyse sort du lot. Ca ne fait pas forcement plaisir de le reconnaître ( surtout quand il attaque l’une de nos plumes), mais c’est intéressant de constater qu’ici aussi, les clivages et les rivalités ne doivent pas empêcher l’objectivité, plutôt que de contraindre par principe à tirer à vue, comme un chien de Pavlov se jette sur sa gamelle.
Lettre ouverte aux participants des Journées Parlementaires de l’UMP
Mesdames et Messieurs les Parlementaires de l’UMP,
Du 27 au 29 septembre, vous serez donc ici, à Strasbourg, réunis dans le cadre de vos journées parlementaires. La Droite Strasbourgeoise se devait donc de vous saluer.
La Droite Strasbourgeoise est un blog (www.ladroitestrasbourgeoise.com ) animé par des esprits libres s’enrichissant de leurs différences.
« Décomplexer la Droite… Réarmer idéologiquement la Droite. Faire entendre les voix de gens de Droite, sans esprit de chapelle et particulièrement à Strasbourg, à l’heure de la perte des repères et de la fin des traditions, à l’heure du nivellement par le bas. Cet étrange et singulier projet se fait jour au moment où la bataille des idées fait rage. Car il s’agit bien de batailles, de conflits. C’est ce que nos élus, nos représentants, nos amis, tous ceux partageant notre sensibilité n’ont pas encore compris. Ils sont trop aveuglés par la confiance qu’ils ont dans le pseudo débat qu’ils entretiennent avec les forces dites de progrès, trop empêtrés dans les chantages idéologiques que celles-ci font régner. Ces idéologues du ”progrès” au front bas le savent bien, car ils pilonnent littéralement toutes les ouvertures qui se présentent et s’installent durablement dans le paysage. Trop durablement à notre goût » écrivions-nous en guise d’à propos lors de la création de notre blog en juin 2005.
Tout cela reste vrai et nous pousse justement au réarmement, en distillant des cartouches idéologiques pour combattre autant ses ennemis qu’il faut savoir désigner, que ses propres tendances suicidaires qui la soumettent sans cesse aux stratégies plurielles d’une gauche polymorphe.
« La politique, ce sont des idées » Albert Thibaudet
Strasbourg est un symbole, celui justement d’une région où la droite se devrait d’être décomplexée et c’est pourtant une ville avec d’autres dans sa communauté urbaine, qui pourrait tomber directement dans le camp de la gauche, au prix d’escarmouches douloureuses avec d’autres forces politiques.
Sur le terrain, la gauche a commencé sa partition militante. De l’extrême gauche au centre gauche, tout le monde est sur le pont. Une technique de harcèlement « forcément » citoyenne et démocratique a été mise en place tandis que les chefs d’orchestre se partagent déjà les places et les honneurs après ce qu’ils nomment les « années tandem ».
Pourtant, nous le constatons, le bilan de l’équipe municipale sortante de Fabienne Keller et Robert Grossmann est bon mais là n’est pas le souci principal dans les perspectives à venir.
Et pour gagner, la droite qui tient les institutions devrait savoir être plus clairement de droite moderne, assumer une politique sociale responsable, instaurer une sécurité attendue, mais aussi ancrer durablement des valeurs et une vision du monde apte à unir déjà son camp puis à y agréger de plus en plus de citoyens.
La droite moderne doit savoir aussi s’inscrire dans une pensée libérée et ne pas être, comme, elle l’est depuis trop longtemps, culpabilisée et livrée pieds et mains liées.
Nous avons apprécié les mots et les idées de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy qui l’ont amené à l’Élysée. En attendant, à notre niveau nous ouvrons des pistes de réflexions et faisons avancer les débats qui animent notre ville et dévoilons nos passions politiques, nos valeurs de société et nos envies culturelles.
« Le pouvoir se gagne par les idées »
Nicolas Sarkozy a choisi depuis plusieurs années déjà de relancer le jeu politique, de lever les tabous et de susciter des débats. Il n’a pas craint les oukases de la bourgeoisie branchée et du gauchisme victimaire, dans Le Figaro du 17 avril, il a dit: « je ne mène pas un combat politique mais un combat idéologique », ajoutant « j’ai fait mienne l’analyse de Gramsci: le pouvoir se gagne par les idées. C’est la première fois qu’un homme de droite assume cette bataille-là ».
S’ils veulent pérenniser les effets cette bataille pour longtemps, les amis du Président de la République – à Strasbourg comme ailleurs – vont devoir jeter définitivement le logiciel inventé par d’autres et auquel ils se confiaient jusqu’ici sans vergogne.
Autrement dit, ils vont devoir s’émanciper de l’envoûtement qui les a tenu prisonniers des analyses de gauche, sur l’identité, sur la nation, sur la sécurité notamment et se mettre à penser par eux-mêmes.
Vous avez choisi Strasbourg, nous vous félicitions pour ce choix. Mais nous vous demandons aussi, outre de conforter la ville dans son rôle de capitale européenne, de rester fidèle au souhait d’indépendance politique et stratégique de notre continent tel qu’il fut énoncé par Charles de Gaulle justement ici à Strasbourg en 1959 : « Oui, c’est l’Europe, depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural, c’est l’Europe, c’est toute l’Europe, qui décidera du destin du monde ! ».
Et comme il l’a affirmé en 1947 : « une Europe formée d’hommes libres et d’Etats indépendants, organisée en un tout susceptible de contenir toute prétention éventuelle à l’hégémonie et d’établir entre les deux masses rivales l’élément d’équilibre dont la paix ne se passera pas ».
Nous vous souhaitons donc, en conscience, un agréable et studieux séjour strasbourgeois !
La Droite strasbourgeoise
J’ai fait mienne l’analyse de Gramsci !
« J’ai fait mienne l’analyse de Gramsci ! » La phrase est de Nicolas Sarkozy durant la campagne qui l’a mené à la présidence de la République. L’idée de se référer à la stratégie du communiste italien Antonio Gramsci (1891-1937) a, semble-t-il, été jugée comme l’originalité d’une droite réarmée intellectuellement et parfaitement décomplexée (cf. le Monde Diplomatique, juin 2007).
Cette occupation du terrain, Nicolas Sarkozy l’a choisie très déstabilisante pour la gauche. En incluant dans son gouvernement une partie de l’aile sociale libérale du PS (Kouchner, Besson, Jouyet, Hirsch), il décale un peu encore le périmètre de la droite. Le centre de gravité de la vie intellectuelle et politique continue à se déplacer, appuyé selon D. Eribon (1), sur des intellectuels néo-conservateur proches de l’instutitut Raymond Aron, des revues Esprit, Le Débat et Commentaires, dont le coup de force serait d’avoir réussi à diffuser, depuis plusieurs années, de vieilles idées de droite en les présentant comme une rénovation de la pensée de gauche.
Mais encore faut-il préciser que l’idée d’un gramscisme de droite, tout aussi originale qu’elle puisse paraître, n’a rien d’une nouveauté, puisqu’elle reprend en fait une thèse soutenue par la Nouvelle Droite d’Alain de Benoist (2) dès les années 1980. Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme … à droite toute !
(1) D’une révolution conservatrice et de ses effets sur la gauche française, 2007, Ed. Léo Scheer
(2) Pour un gramscisme de droite, 1982, Ed. du Labyrinthe


